Témoignage de Sophie

Je suis Sophie, j’ai 27 ans et je ressentais les symptômes de l’endométriose depuis que j’avais 15 ans. Les premières choses dont je me souviens sont la quantité hallucinante de sang que je perds et la fatigue immense lors de ma période de règles. Au lycée, je prends Antadys. Le médicament accentue mon flux. Je ne peux parfois tout simplement pas assister au reste de la journée, c’est le début de mes retours forcés à la maison.

Je vais apprendre 10 ans plus tard le nom de la pathologie. Entre temps, je serais tombée dans les pommes à de nombreuses reprises, j’aurais eu des douleurs tellement insoutenables qu’elles m’ont fait perdre connaissance, pourtant allongée dans mon lit. Et bien sûr j’ai aussi manqué de nombreuses fois les cours, les stages et le travail ensuite.

Après avoir consulté trois gynécologues différentes, la quatrième a l’idée de me faire passer une IRM. A la suite de cet examen, elle m’envoie un courrier. Dans celui-ci apparait le fameux terme
« endométriose ». Oui, j’ai appris que je souffrais de cette maladie dans une lettre. D’ailleurs, elle mentionnait aussi le traitement « approprié ». En somme, j’aurais pu ne pas retourner la voir ça ne l’aurait pas dérangée.

J’y suis quand même allée, pour avoir plus d’explications. J’ai pris la micro-pilule en continue, mais au bout du deuxième mois, les règles sont revenues et je me suis tordue de douleur dans le canapé pendant trois jours. J’ai appelé la gynécologue qui m’a conseillé de consulter quelqu’un d’autre car cela dépassait ses compétences. Arrivée depuis peu dans la capitale, j’ai pris rendez- vous de suite. Ensuite, la progestérone de synthèse m’a complètement détraquée. J’ai découvert (oh bonheur) les bouffées de chaleur, l’acné qui s’est intensifiée, les sautes d’humeur, une vie impossible avec tous ces symptômes supplémentaires.

Et puis un jour j’ai lu un livre qui m’a « sauvé la vie », sur les conseils d’une endogirl qui se reconnaitra (L’endométriose par Gisèle Frenette). J’ai laissé tomber les molécules de synthèse pour m’appliquer de la progestérone naturelle made in USA tous les jours. Depuis je revis. L’acné a disparu, et surtout mes règles sont quasi indolores. Le premier mois où je n’ai ressenti aucune douleur, j’ai eu envie de le crier à tout le monde dans la rue, j’en ai pleuré de joie. Je me suis imposé depuis un an et demi, de ne plus consommer de soja, de bannir les perturbateurs endocriniens dans mes cosmétiques, bref un régime strict pour faire taire à jamais les dernières cellules qui sont dans mon utérus. MAIS parallèlement, j’ai aussi entrepris une psychothérapie il y a six mois. Et je crois en mon for intérieur que mon mal était aussi lié à la perte de mon frère jumeau, dans l’utérus. J’avais peut-être cherché à combler le vide intérieur laissé par mon frère, dans un utérus qui, une fois née, était le mien. J’ai veillé aussi à diminuer toutes les sources de stress, car cela favorise l’endométriose. Cours de yoga, sophrologie avec un groupe de parole dans un hôpital parisien, j’ai presque tout essayé …

Deux ans après le diagnostic, j’ai fait des pas de géant pour m’en sortir et par tous les moyens, vivre sans toutes ces douleurs, qu’elles soient psychologiques ou physiques. Une chose est sûre, nous pouvons toutes y parvenir ! Nous sommes toutes différentes certes, peu ou très atteintes par cette pathologie, mais nous n’y arrivons pas sans entraide. Merci Déborah d’avoir ouvert cet espace pour que nous, guerrières, parlions de l’endo que nous combattons; et merci aux réseaux sociaux qui permettent de dialoguer même quand on ne se connait pas. Et pour la suite, j’en suis persuadée le jour où je voudrais un enfant j’y arriverai. Me reste sûrement le plus difficile, trouver son papa … 😉